œuvres

2026

Manēre
polyptyque
grisaille sur verre et aplat sérigraphié
41cm x 41cm x 4mm

Manēre, du latin demeurer, rester, subsister, réunit cinq grisailles sur verre installées dans l’espace public de Bellegarde-sur-Valserine. Pensées comme un monument diffus, elles font surgir, au cœur des usages quotidiens des lieux, des visions fossilisées de faits de la Seconde Guerre mondiale documentés par le Groupe Mémoire. Ces œuvres constituent la dernière pierre du projet Entre les lignes. Entre cinéma, salle communale ou terrasse de café, elles créent une vibration entre l’usage actuel des lieux, le rendu muséal des œuvres encadrées et la curiosité de ce que semblent vouloir nous dire ces dessins pierreux. La mémoire s’inscrit ainsi dans les espaces du commun.

Mūtus
grisaille sur verre
20 x 25 cm x 4mm
2025-2026

Mūtus vient du latin mūtus, « muet, silencieux, qui ne parle pas ». Ce début de série part d’une fontaine dont j’ai inversé l’eau et la pierre : le fluide devient masse, le mouvement se fige. Je m’intéresse à cette architecture de l’eau et aux formes que dessine sa circulation. La série se poursuivra avec des fontaines de différentes époques, marquées autant par le style de leurs sculptures que par le dessin, la disposition et le nombre de leurs sorties d’eau. L’usage des fontaines et des bassins reste profondément symbolique, qu’ils prennent place dans l’espace politique comme objets de représentation ou qu’ils aspirent à faire écho à ce qui, principalement, nous constitue.

Les voûtes
20 x 25 cm x 4mm
grisaille sur verre
2025-2026

Le mot voûte vient de l’ancien français volte, apparenté au latin volvere, « rouler, faire tourner ». Son étymologie porte ainsi l’idée d’une courbure, d’un retournement. Dans cette pièce, je travaille la voûte en miroir : deux structures se répondent, tandis que les pleins et les vides s’inversent. Les techniques employées pour construire les voûtes à travers les siècles disent aussi quelque chose de l’esprit de leur époque, de sa manière de penser et de donner à voir l’espace. Ces architectures successives m’intéressent autant pour ce qu’elles révèlent de leur temps que pour ce qu’elles évoquent de notre propre construction : nous nous construisons, nous aussi, par contradictions successives.

Az-zahr
diptyque grisaille sur verre et fond coloré
20 x 25 cm x 4mm
2025-2026

Parfois, des séries se poursuivent dans le temps. Voici un autre pas de la série Az-zahr.
Az-zahr vient de l’arabe zahr, « fleur ». Le terme aurait désigné un jeu de dés dont la face gagnante portait une fleur, avant de donner en français le mot « hasard ». La peinture reprend le plan développé d’un dé dont une face est évidée : le hasard fait parfois apparaître, de manière imprévisible, un creux, une direction qui nous échappe. Dépliée, la forme peut aussi évoquer le pavage d’une nef, un jeu de marelle ou une construction élémentaire.

Mola
grisaille sur verre
50cm x 35cm x 4mm

Le verbe meuler vient de meule, issu du latin mola, « meule de moulin », pierre servant à broyer le grain. Le mot appartient à une ancienne famille liée à l’idée de broyer, moudre et réduire par frottement. Dans cette pièce, je superpose une même forme et la fais tourner sur elle-même, comme une pensée que l’on reprend dans un sens puis dans l’autre. Je cherche à frotter, broyer le contenu, frayer un passage. Le geste reste élémentaire et répétitif, proche de ces motifs que l’on dessine spontanément lorsque l’on s’ennuie, que l’on cherche, ou qu’une idée revient sans parvenir à se résoudre.

2025

Blãsjan
triptyque, grisaille sur verre
50cmx60cmx4mm

Blason a notamment été rapproché du francique blãsjan, associé à l’idée d’éclat, « graver par le feu » un bouclier. Avec Blãsjan, je vais chercher dans différentes cultures les écus, armoiries et signes distinctifs, de l’Europe médiévale au Japon, que je croise avec des formes issues de la culture populaire : boucliers de super-héros, insignes, plaques de shérif. Au centre, une porte s’ouvre dans différentes positions. Je cherche ainsi ce qui se tient derrière les armures, les signes et les apparences : ce que les individus et les sociétés choisissent de donner à voir, entre protection, représentation et démonstration de force.

Kôma
grisaille sur verre
dimensions variables

Kôma vient du grec ancien κῶμα, « sommeil profond », « état léthargique », à l’origine du mot coma. Avec cette pièce, j’ouvre une série autour des rideaux et de la dimension de nos fenêtres, dans la tradition du travail du drapé en peinture. La taille d’une fenêtre renseigne sur l’époque d’un bâtiment, son architecture, mais aussi sur la richesse et le statut de celles et ceux qui l’habitent. Ici, je fige les rideaux dans leur mouvement et leur fais perdre leur souplesse : devenus pierre, ils évoquent alors des ornements, des sépultures, des arcs de triomphe. Avec Kôma, je mets en relation plusieurs échelles : celle du monument, celle, plus intime, de l’espace intérieur, voire de l’animé en disparition.

Fissiles
grisaille sur verre
20cm x 30cm x 4mm

Le mot fissile vient du latin fissilis, « qui peut être fendu », lui-même issu de findere, « fendre ». Il désigne ce qui peut se fendre, se diviser ou se séparer, généralement suivant certaines directions ou certains plans. Ce qui m’intéresse dans ce mot, c’est qu’il ne désigne pas encore la fissure, mais sa possibilité contenue dans la matière. Ici, je pars d’un fond plein. Cette pièce est le début d’une série où je souhaite travailler les masses différemment, comme des respirations qui pousseraient les angles dans différentes directions, sous un poids, une tension en soubassement.

Clavicula
grisaille on glass
24,5cm x 19cm x 4mm

La forme de cette pièce vient d’une cheville, cette petite pièce qui permet d’en maintenir d’autres ensemble. Le mot vient du latin clavicula, « petite clé », et porte l’idée d’assemblage, de fixation et de liaison. En la dessinant, sa forme m’a aussi évoqué celle d’un sous-marin : un espace clos, immergé, dans lequel plusieurs corps se trouvent pris ensemble. Le sous-marin fait alors écho à ces situations où, pour traverser un moment, nous faisons corps, nous tenons ensemble. J’aime ce déplacement entre l’objet minuscule qui assemble et l’espace qui contient, et ce qu’il dit de notre manière de tenir ensemble, parfois simplement pour un temps.

Instables assemblés
polyptique, 48cm x 65 cm x 4mm
grisaille et gravure sur verre
2018-2025

Instables assemblées reprend des principes ancestraux d’assemblage que l’on retrouve dans les traditions de menuiserie à travers le monde, comme le tenon, la mortaise ou l’entaille. Les formes invitent à joindre, insérer, encastrer ; cette envie est presque physique. Pourtant, la disposition des ouvertures empêche leur emboîtement. Je travaille cette contradiction entre l’évidence du geste et son impossibilité comme une manière de penser notre propre construction psychique : tenter de faire tenir ensemble ce qui nous constitue, trouver des points d’appui et des équilibres malgré des ajustements imparfaits. La construction devient alors une recherche permanente.

2024

Insongeables silices 
polyptyque, 5 gravures sur verre
40,5cm x 50cm x 4mm

Il y a deux impossibilités récurrentes dans les rêves : celle d’écrire et de lire, et celle de voir les fenêtres. On distingue des espaces, des bâtiments, mais les zones de jonction, de seuil, restent floues ; les transitions n’apparaissent pas. Ici, ces deux impossibles se rencontrent pour créer une forme. Les constructions bâtimentaires et les plumes font référence à des

Pavire Aporie
diptyque, grisaille sur verre
41cm x 41cm x 4mm

Pavire Aporie rassemble deux mots issus de langues anciennes. Pavire, verbe latin employé dès l’Antiquité romaine, signifie battre, frapper ou tasser le sol ; il est à l’origine du français « paver ». Aporie vient du grec ancien aporia, employé dès l’Antiquité classique, et désigne littéralement l’absence de passage ou d’issue. J’ai rapproché ces deux étymologies pour construire un chemin à travers l’impasse. La pièce semble être un pavé, une unité destinée à fabriquer un sol praticable, tandis que son motif dessine un chemin de traverse, une ruelle sans issue. Le passage se construit au moment même où il devient impossible.

Az-zahr
diptyque grisaille sur verre et fond coloré
35 x 50 cm x 4mm
collaboration 3D volume 2 C.Cenci, photographie Damien Arlettaz

Az-zahr vient de l’arabe zahr, « fleur ». Le terme aurait désigné un jeu de dés dont la face gagnante portait une fleur, avant de donner en français le mot « hasard ». Cette pièce a été réalisée en hommage à la mémoire de Judith. La première peinture reprend le plan développé d’un dé dont une face est évidée : le hasard fait parfois apparaître, de manière imprévisible, un creux, une direction qui nous échappe. Dépliée, la forme peut aussi évoquer le pavage d’une nef. Dans la seconde peinture, ce plan se redresse et se construit en marches, comme le début d’un chemin de mémoire.

Diapirisme
49cm x 60cm x 4mm
grisaille sur verre

Diapirisme vient du grec diapeirein, « traverser en perçant ». En géologie, il désigne la remontée d’une matière profonde à travers les couches qui la recouvrent. Ici, une forme de maison sort d’un cercle ; elle semble à la fois remonter et s’enfoncer, sans que l’on sache dans quel sens elle se déplace. Je reprends l’engramme récurrent de la maison dans sa forme la plus élémentaire, celle que l’on trace enfant. Deux portes, qui pourraient aussi être des fenêtres, sont mêlées à une mélasse de pierre. On ne cesse d’essayer de faire foyer, de trouver son centre, de faire pousser un point rassurant. Parfois cela tient, parfois non. Une dimension presque burlesque apparaît : celle d’une soucoupe volante et de l’idée que l’on projette même la forme d’une maison au-delà de notre sol.

2023

La grève
grisaille sur verre
60cl x 80cm x 4mm
2022-2023

Une grève (du bas latin grava, « gravier »), espace d’échouage en bord de mer. La marche est au centre de ma vie, j’aime sentir le basculement d’un pas sur l’autre, la tension verticale, la contemplation des lieux et des vivants en mouvement,  dans les villes mais surtout en montagne, sur les crêtes, les côtes aussi. Il y a dans cette peinture un instable figé, inspiré également par mes dialogues avec Aurélien Barrau et le texte qu’il me fît le plaisir de m’écrire Chute libre, Chute liée.

Le Tapis de verre
Installation au sol
12 plaques de verre gravées
50cm x 50cm x 4mm

Le Tapis de verre me raccroche à une longue tradition artisanale, entre espace intime de la maison et objet ornemental d’espaces majestueux, où grande et petite histoire s’entremêlent. Chaque plaque renferme la silhouette d’un vase provenant de différents continents et époques. Laissée vide, elle renvoie la lumière et les formes qui l’entourent. Sur ces vases sont gravés des plans de jardins empruntés à différentes époques. Entre le plat du tapis et le volume évoqué des vases, l’installation propose une forme d’archéologie où les formes et les histoires se rencontrent.

Empreindre
dessin à l’agglomérat de matières minérales, 0,3mm
50cm × 65cm x 4mm

Empreindre signifie marquer, une forme, par pression sur une surface. Pour dessiner, je choisis un outil très fin afin de rester au bord de la casse, je n’utilise pas de porte-mine pour garder le contact avec la matière minérale. Il s’agit pour moi de balades mentales, même si des motifs de formes neuronales ressortent souvent. Ce pan de mon travail est un espace intuitif, je tente de ne pas penser.

Phylogénie 2
tirage pro pigmentaire premium
diptyque 122,5cm x 70 cm, tirage unique
collaboration photographique, Damien Arlettaz

Phylogénie associe le grec phûlon, « lignée, espèce », et génesis, « origine, formation » : elle désigne l’histoire des transformations et des parentés entre les êtres vivants. Phylogénie 2 est issue de moulages de tubercules de fleurs, organes souterrains et habituellement invisibles des plantes. Cette pièce part d’une curiosité pour leur communication, leurs formes d’entraide, leurs déplacements et leurs capacités d’adaptation. Agrandies et isolées de leur contexte, ces formes deviennent énigmatiques, presque monstrueuses, semblables à des organes cachés dont la fonction nous échappe. Je souhaite maintenir cette incertitude : ne pas savoir exactement ce que l’on regarde et percevoir une forme de puissance dans ce qui semble fragile.

Les champs de brèches
polyptyque, dimension variable
grisaille sur verre

Champ vient du latin campus, « plaine, terrain plat, étendue découverte ». Brèche vient de l’ancien français breche, issu du francique breka, « rupture, fracture » ; en géologie, le mot désigne une roche composée d’éléments anguleux liés entre eux. Croisés, les deux termes dessinent une sorte de sol, une étendue irrégulière d’où des formes semblent émerger. Champs de brèches procède ainsi d’une forme de paréidolie : une caverne, des animaux proches de dessins pariétaux, des formes molles, d’autres semblables à des jouets d’enfants simplement taillés dans le bois. Le champ devient alors une surface où différentes apparitions deviennent possibles.

Flore armet
polyptyque, dimension variable
grisaille sur verre

Avec Flore Armet, je commence un herbier de verre. Le titre rapproche Flora, déesse romaine de la floraison, et l’armet, casque de guerre apparu au XVe siècle. Les spécimens que je compose évoquent ainsi autant le végétal que les armes. Jardins et plantes comptent parmi les premiers motifs représentés par les humains et traversent notre histoire des images. Ce travail sur verre s’inscrit dans cette tradition impossible de garder une empreinte parfaite du vivant. Face à ce que nous transformons, maîtrisons ou détruisons, demeure l’idée que la flore trouvera, d’une manière ou d’une autre, un chemin pour nous survivre.

Establir
grisaille sur verre
37cm x 30cm x 4mm

Éstablir vient de l’ancien français, issu du latin stabilire, « rendre stable, affermir », lui-même formé sur stabilis, « stable, ferme ». À sa racine, stare signifie « se tenir debout ». Dans cette pièce, une même structure peut rappeller les formes d’un banc d’école ou d’église, d’un établi de travail ou d’une table domestique. Je construis les différents éléments comme les pièces d’un puzzle que l’on aurait spontanément envie d’agencer. Pourtant, leurs formes ne permettent pas de les assembler. Le pied de la table correspond à une forme soustraite aux bancs, mais son emplacement sous le plateau provoquerait son basculement. La fonction semble proche, saisissable, mais reste impossible.

2022

Ascension lithique
polyptyque
5 grisaille sur verre
40 x 60 x 0,4 cm

Ayant beaucoup déménagé, l’image du clocher d’église m’a toujours intriguée. Je trouvais étrange que ces pointes plus ou moins acérées forment un langage qui s’adresse au ciel, une forme d’hostilité extérieure renfermant pourtant des aspirations au sacré. Agnostique, je me les appropriais comme des arêtes montagneuses renfermant des grottes. Les clochers deviennent ainsi silex, rappelant à la fois les premiers outils et convoquant un ensemble de styles propres à différentes communautés et localités. Stables, comme posés dans une vitrine d’armurerie, ils oscillent entre architecture, outil et forme minérale.

Antérieures

Phylogénie 1
photographies, tirage charbon, 40 x 80 cm
tirage unique, 2016
collaboration photographie Flora Fanzutti

Phylogénie 1 est née d’une rencontre avec Nicolas Goudemand autour des conodontes, organismes aquatiques dont les dents fossilisées permettent de dater les roches. Il évoquait la nécessité de passer par la main pour reconnaître et classer les espèces : comment la manipulation participe-t-elle à la pensée. J’ai agrandi plusieurs milliers de fois l’une de ces formes pour la fabriquer en verre, faisant d’un outil qui sert à dater le paysage un paysage lui-même. L’objet reste dans une boîte noire : il existe mais n’est pas montré. Seul apparaît un point de vue sculpté par la lumière, comme un rocher aperçu en mer sans savoir exactement ce que l’on regarde.

Stratigraphie
gravure sur verre 48 x 65 cm
2017

À la manière d’un palimpseste, dans Stratigraphie, je joue de la transparence du verre dont je grave la surface pour faire apparaître les usages superposés d’un même lieu. Je cherche ainsi à montrer comment, à partir d’un plan rigide imposé au départ, la vie qui s’y déploie tente d’en modifier les usages et les configurations, en y superposant des infrastructures souvent précaires et éphémères pour le rendre habitable. Les strates se recouvrent comme autant de corrections apportées au texte de départ, trop doctrinaire. L’énergie vitale vient progressivement brouiller les grandes lignes impérieuses des premiers tracés.

Ecotone de la psyché

Dans cette série, je m’intéresse au rapport entre le sujet et l’architecture, comme une manière de donner forme à ce qui nous traverse. Les sentiments composent une sorte de mer intérieure, mouvante et instable, dans laquelle certaines formes deviennent des points d’ancrage. Les zones anguleuses que je ménage dans la grisaille apparaissent comme des ports d’attache ou des espaces de refuge. Stables et récurrentes, elles dessinent des lieux où revenir, depuis lesquels regarder ce qui nous entoure et nous traverse. L’architecture devient alors moins une frontière qu’une manière de se situer au sein de cette géographie intérieure.