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Sans horloge, sans calendrier, je peux résider dans la totalité du temps, y voyager, et de fait en être libérée

Vidya Gastaldon
mai 2025

Sophie, je la connais
Ce n’est pas une amie proche, plutôt une camarade je dirais
Camarade artiste, camarade de lutte
« pour l’art » dans notre luxe rural
Lumineuse, précise, douce et minimale

Si je l’imagine, c’est dans son atelier de silence
À moins qu’elle n’écoute Leoš Janáček.
À la montagne, magique, de préférence
Peut-être fenêtres ouvertes, pour le vols des insectes

En tout cas, elle est dans le silence, là où le geste précède la parole
Là où les idées, complexes, jamais fumeuses, se superposent
et s’envolent.
Ici, elle peut composer, non pas des tableaux, figés
mais des mondes en suspension, en transition.
Transfigurés
Comme sa matière, pourtant légère
Qui se densifie, s’intensifie, se pétrifie:
Comme un vitrail, comme des vitraux
feuilletés, lasagnés, comme des minéraux.

En miracle de fumée

Sophie travaille ce qui se dépose et ce qui s’efface
Puis ce qui restera pour toujours, à moins qu’on ne le fracasse
Elle collecte, prélève, recueille ; l’absence et les traces:

Des vases, des églises, des dentitions
Des vides, des plans, des pleins, des transitions
Des seuils à franchir, des respirations

Sophie explore ce qui reste, quand tout passe
Des paysages, des cicatrices et des surfaces
Beaucoup de vertiges et de contrastes

C’est rugueux, c’est nu, c’est lisse, c’est insondable
mais nous ne sommes jamais dans les archives
d’un passé triste figé et théâtral

Et pourtant …
Je reconnais bien là une maison !
elle est étrange
elle me fait perdre la raison…
C’est la sienne, c’est la mienne
Il faut en franchir le seuil !
C’est cette maison à contre-jour
De Magritte forcément
C’est cette bicoque découpée
Coquilles de noix, de maternelle
Ou on ne trouve ni sortie, ni entrée
Maison monochrome de dentelle
Toutes fenêtres béantes,
toute portes inexistantes
Comme nos mémoires, comme notre temps